Laura Baptée, pouvez-vous décrire votre parcours et votre métier ?

Je suis entrée en 2016 à l’Ecole Supérieure d’Agricultures d’Angers, l’ESA, en cycle ingénieur. A l’issue des trois années de cours en tronc commun où nous étudions les bases de l’élevage, des grandes cultures, de la viticulture ou encore de l’agroalimentaire, j’ai continué mon cursus à travers le master Food Identity.

Ce master est spécialisé dans la valorisation des produits agricoles notamment avec des labels comme le Label Rouge, les appellations (AOP, IGP, STG) ou encore des démarches environnementales (AB, HVE,…). Ce master me permettait d’obtenir un double diplôme : diplôme du master Food Identity et diplôme d’ingénieur.

Après de nombreux stages axé et des rencontres riches en apprentissage, j’ai choisi de m’orienter vers la viticulture. A la fin de mon double diplôme en mars 2022, j’ai tout de suite trouvé un emploi : chef du projet Vitaf à l’AgroBioCampus de Davayé. Vitaf est un projet d’agroforesterie en viticulture en Mâconnais Sud Bourgogne.

Ainsi, j’allie la viticulture à une démarche environnementale intéressante ! J’ai la chance de pouvoir être sur un lieu d’apprentissage avec le lycée agricole et centre de formation pour adulte, de recherche et conseil en viticulture avec le Vinipôle Sud Bourgogne mais aussi de production avec le domaine viticole du lycée. C’est donc un poste très enrichissant, avec un réseau fort !

Selon vous, quels sont les acteurs de l’agriculture de demain ?

Les acteurs de l’agriculture de demain sont pour moi les jeunes agriculteurs qui sont de plus en plus sensibles aux enjeux environnementaux et de plus en plus motivés à faire changer les pratiques, à mettre en place de l’agroécologie, de l’agroforesterie, à vendre en local voire faire de la vente directe, à accueillir des visiteurs pour vulgariser le métier et le rendre accessible et enviable, … Ils sont moteurs de l’agriculture de demain.

Cependant, ils ne doivent pas être les seuls acteurs, tout le monde doit l’être pour que l’agriculture de demain soit durable. Les écoles doivent sensibiliser de la maternelle à la formation Bac+5 les jeunes aux métiers de l’agriculture pour que la richesse de notre pays ne disparaisse pas par manque de reprise des exploitations.

Les consommateurs doivent aussi revoir leurs modes de consommation : consommer local pour soutenir les producteurs, être sensible aux démarches environnementales des agriculteurs, etc.

Les chambres d’agriculture et centres de recherche doivent aussi s’adapter aux nouvelles méthodes de production pour toujours conseiller au mieux et toujours aller de l’avant.

On peut aussi parler de l’Etat et de l’Europe qui devront revoir les systèmes d’accompagnement des filières agricoles pour que le métier d’agriculteur soit revalorisé.

Au final, il y a de nombreux acteurs mais il faut le voir comme un tout : si l’un d’entre eux ne fonctionne pas, les autres ne pourront pas évoluer.

A titre personnel, quelle initiative agricole souhaitez-vous nous partager ?

J’aimerais partager avec vous l’initiative de plusieurs organismes de la région mâconnaise à travers le projet Vitaf.

Comme dit précédemment c’est un projet d’agroforesterie en viticulture en Mâconnais Sud Bourgogne. Ce projet est porté par l’AgroBioCampus Davayé, le Vinipôle Sud Bourgogne, l’Union des Producteurs de Vins Mâcon, l’ODG du Cru Saint-Véran ainsi que la Direction Départementale des Territoires de Saône et Loire et le Pôle Équilibre Territoriale et Rural Mâconnais Sud Bourgogne. C’est un Partenariat Européen pour l’Innovation (PEI) financé par la région Bourgogne Franche Comté et le FEADER.

Le constat initial était que le vignoble Mâconnais est de plus en plus sujet au dérèglement climatique avec du gel, de la grêle et des sècheresses qui impactent la quantité et la qualité des récoltes de raisins.

Ainsi, la filière cherche des solutions et l’agroforesterie apparait comme pouvant être l’une d’entre elle.

Des études ont montré que l’agroforesterie permet de mettre en place une forme de résilience face au contexte de changement climatique avec une atténuation du stress thermique lorsqu’il fait trop chaud, du stress hydrique lorsqu’il fait trop sec et elle permet aussi de gagner en température l’hiver pour limiter les dégâts du gel.

Il existe encore de nombreux avantages à l’agroforesterie : cela enrichie la biodiversité, produit plus de biomasse, limite le lessivage des sols, etc.

N’ayant pas ou peu de références de vitiforesterie en Bourgogne, le projet Vitaf a vu le jour.

Ce projet a pour but de mettre en place un guide à destination des viticulteurs de la région Sud Bourgogne. Ce guide sera composé d’une première partie sur les fondements de l’agroforesterie en viticulture, ce qu’il est possible de faire, ce qu’il ne faut pas faire, les contraintes en terme de réglementation, etc.

Puis, en seconde partie, le guide contiendra trois protocoles scientifiques et techniques adaptés à trois parcelles viticoles différentes : une en appellation Saint-Véran et agriculture biologique, une en appellation Lugny/Mâcon Village et agriculture conventionnelle et enfin la dernière qui produit des greffons, hors appellation.

Pour mettre en place ce projet, des experts de l’agroforesterie, des experts de la vigne, des viticulteurs, des organismes institutionnels comme l’INAO, l’Agence de l’eau ou encore la Draaf vont se réunir et travailler ensemble jusqu’à l’élaboration du guide à destination des viticulteurs.

Ce guide ainsi que les trois protocoles seront diffusés au plus grand nombre afin qu’ils soient applicables. Ils seront également mis en œuvre sur les 3 parcelles citées. Les viticulteurs souhaitant s’engager dans la démarche pourront également se manifester afin de participer à l’élaboration des protocoles mais aussi mettre en place un projet d’agroforesterie chez eux.

Vitaf est donc un beau projet pour le territoire Mâconnais avec de nombreuses personnes déjà intéressées et engagés dans le projet !

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