Félix Bonduelle, co-fondateur de Javelot, pouvez-vous décrire votre parcours et votre entreprise ?

Je suis un ingénieur agronome diplômé de l’école LaSalle Beauvais, en 2016. Durant mon cursus, j’ai effectué un stage dans l’entreprise familiale Bonduelle en tant que chef d’équipe. J’ai ensuite été responsable compte clé « Food Service » au sein de l’entreprise La Fournée Dorée. Puis en 2017, ma forte envie d’entreprendre me pousse à quitter l’entreprise pour me consacrer pleinement à la création de Javelot.

La société Javelot est née à la suite de ma rencontre avec Vindicien Delcourt, agriculteur céréalier. Ensemble, nous nous sommes penchés sur le sujet de la conservation du grain en stockage. Force est de constater qu’il n’existe pas de solution à la fois simple, fiable et accessible. Nous avons fait le choix de nous associer à un startup studio, Sparkling Partners, et avons développé, ensemble, la première solution de thermométrie connectée avec le soutien de l’Institut du végétal, Arvalis.

Les premiers prototypes voient le jour en 2017 et sont bêta testés cette même année. En janvier 2018, Javelot naît et commercialise une première solution. En 2020, l’entreprise prend un tournant en complétant sa gamme et rend désormais autonome la ventilation des silos de stockage.

L’entreprise ne se cantonne plus uniquement au suivi des températures mais se tourne vers un service complet. La même année, Javelot bêta test des pièges à insectes connectés. Une solution permettant de détecter les populations présentes dans les stockages, de les dénombrer et les identifier via des capteurs photos liés à une Intelligence Artificielle. L’entreprise et les équipes offrent désormais un outil de supervision globale sur l’après-récolte et ne comptent pas s’arrêter là.

C’est d’ailleurs dans cette lignée qu’UniLIS entre au capital, en 2021 et que l’entreprise BioSCO et son outil RonGO, spécialisé dans la logistique et l’optimisation des flux est racheté. En 2022, Javelot compte près d’un millier d’utilisateurs et surveille plus de 4 millions de tonnes de céréales. Nous sommes aujourd’hui capables d’affirmer que nos solutions permettent de réaliser jusqu’à 70% d’économies d’énergies et réduisent l’utilisation d’insecticides à 90%.

Selon vous, quels sont les acteurs de l’agriculture de demain ?

Selon moi, les acteurs de l’agriculture de demain sont les mêmes qu’aujourd’hui, à savoir les agriculteurs. Ils seront juste mieux accompagnés par les acteurs du numérique, dans leur industrie avec des solutions innovantes comme les robots de traite, les stations météo, l’agriculture de précision…

Nous, sociétés de l’AgriTech, ne sommes pas là pour remplacer les acteurs de l’agriculture mais bien d’en faire des « acteurs augmentés ». Ce sont donc, en quelque sorte, des agriculteurs 2.0 qui intègrent les nouvelles technologies dans leur quotidien leur permettant une optimisation de leur quotidien.

Je ne crois pas dans « une » agriculture que certains, souvent bien loin de l’agriculture nourricière que nous faisons en France, voudraient nous imposer. Je crois en une multitude d’agricultures, en particulier en une agriculture écologiquement intensive qui sera portée par les agriculteurs eux-mêmes, soutenus par des acteurs nouveaux de la tech, comme Javelot.

Les progrès que nous faisons aujourd’hui nous permettent d’envisager et de construire une agriculture souveraine, compétitive et responsable.

À titre personnel, quelle initiative agricole souhaitez-vous nous partager ?

L’une de mes convictions est qu’il faut soutenir fortement l’innovation dans le secteur agricole pour relever les défis auxquels notre agriculture est confrontée.

Pour cela, des programmes comme la French Agri Tech, piloté par Bercy et le ministère de la transition numérique, me paraissent aller dans le bon sens. Il est vital pour l’Europe d’être capable de faire émerger des leaders technologiques, apportant des solutions concrètes à tous les acteurs de la chaîne alimentaire.

Les enjeux sont énormes : souveraineté alimentaire, lutte contre le réchauffement climatique, souveraineté numérique… les pouvoirs publics l’ont bien compris et doivent aller encore plus loin pour soutenir cet écosystème qui nous permettra de réussir la 3eme révolution agricole.

Javelot a récemment intégré La Ferme Digitale, ce qui m’a permis de mesurer le potentiel et le dynamisme de l’innovation technologique dans notre secteur et qui me donne confiance dans la capacité de la France à faire émerger les nouveaux leaders d’un mouvement de fond mondial.

Plus d’informations sur www.javelot-agriculture.com