Thomas Boulard
Thomas Boulard

Thomas Boulard, pouvez-vous décrire votre parcours et votre métier actuel ?

Issu d’un milieu agricole qui me passionne par son rôle pivot dans la société, j’ai suivi des études d’ingénieur en agriculture au sein d’UniLaSalle Beauvais. Cette formation, je l’ai conclu par deux ans d’apprentissage en tant que chef d’équipe de production au sein de l’entreprise agroalimentaire Regalette. Cette alternance m’a permis de découvrir et de m’intégrer à l’univers de l’entreprise. Elle m’a également permis de me faire la main sur les enjeux du maillon « transformation » et notamment le management et la rigueur de l’industrie.

Une rampe de lancement parfaite pour moi qui souhaitait monter en compétences sur ces sujets liés à l’encadrement d’équipe et à la rationalité du travail. Suite à cette expérience diplômante, j’ai rejoint la FNSEA Centre-Val de Loire en tant que chargé de mission économie. J’ai toujours eu une appétence naturelle depuis l’enfance pour les enjeux de politiques agricoles.

En effet, la pratique de la politique dans son sens premier « d’engagement pour la cité » m’a toujours fasciné. D’autant que l’agriculture, à travers la PAC est la première politique européenne qui nous structure collectivement habitants du vieux continent. Pouvoir, à mon niveau participer à ce projet européen qui fait sens à chaque citoyen était un réel engagement personnel.

J’y ai passé 2 ans durant lesquelles j’ai activement participé au projet de réforme de la PAC 2023. Je suivais également les sujets macroéconomiques des filières agricoles régionales. Une expérience hors du commun qui m’a permis de vraiment comprendre les enjeux macroéconomiques des filières ainsi que ceux liés à la souveraineté et à la géopolitique alimentaire.

Ces 4 premières années professionnelles ont été riches et m’ont permis de donner du relief et de la singularité à mon profil à la fois spécialiste et couteau suisse tout en ayant une vision d’ensemble de chaque acteur d’une filière donnée.

Souhaitant m’ouvrir à d’autres horizons, j’ai ensuite tâtonné pendant un peu moins d’un, enchainant plusieurs courtes expériences dans l’événementiel agricole chez Jeunes Agriculteurs, le conseil agroécologique chez Fermes d’Avenir et le journalisme à La France Agricole. Sans jamais vraiment trouver l’équilibre dont j’avais besoin dans ces expériences, j’ai tout de même appris énormément de choses qui m’ont permis de cheminer ce vers quoi j’aspirais vraiment maintenant : Accompagner les agriculteurs dirigeants dans leurs prises de décisions stratégiques.

C’est pourquoi j’ai très récemment rejoint un centre de gestion CERFrance en tant que conseiller d’affaires. Je donne aux agriculteurs les clés de lecture issues de mes expériences passées leur permettant d’avoir une vision d’ensemble des enjeux qui les entoure afin qu’ils soient armés pour faire le bon choix au bon moment. Une vraie fierté pour moi de pouvoir concrètement faire avancer l’acteur central de l’agriculture, l’agriculteur, tout simplement.

En parallèle de cette activité salarié, je suis engagé sur l’exploitation agricole familiale : 77 ha de grandes cultures en agriculture de conservation au cœur du PNR du Vexin français dans l’Ouest du Val d’Oise. Je participe régulièrement aux travaux des champs mais surtout de plus en plus, je mène des projets pour diversifier l’activité (implantation de haies, installation de ruches) avec un prisme agroécologique.

L’objectif pour nous est de concilier à égalité d’enjeux la production et l’environnement car la souveraineté et le climat font sens en commun. D’ici quelques années nous envisageons de réintroduire l’élevage, d’implanter des pré-vergers et des parcours agroforestiers afin de créer un système autonome, durable et rentable.

Selon vous, quels sont les acteurs de l’agriculture de demain ?

Un constat : Les instabilités climatiques, financières, énergétiques et géopolitiques bouleversent nos modes de consommation. Ces instabilités tendent à se renforcer. Je dirai donc que les acteurs de l’agriculture de demain seront ceux qui arriveront le plus à absorber ces chocs et continuer leurs activités dans ces conditions. Après à la question de savoir « qui » ils seront, difficile à dire d’avance.

De manière tout à fait factuel, en mettant de côté la géopolitique, il y a selon moi trois grands facteurs de réussite pour être présents demain :

  • Avoir des filières qui défossilent leurs activités ;
  • Avoir des fermes transmissibles peu capitalisés et qui fonctionnement de manière « low-tech » et/ou avec une « high-tech » résiliente (ex : buses de pulvérisateur intelligentes permettant de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires de plusieurs dizaines de %) ;
  • Avoir des systèmes de production qui amortissent les extrêmes climatiques.

Je renvoi au livre « Un monde sans fin » de Jean-Marc Jancovici. Ce dernier exprime avec science et pragmatisme certaines complexités qui nous attendent.

A titre personnel, quelle initiative agricole souhaitez-vous nous partager ?

Une histoire vraiment intéressante je trouve d’un point de vue sociologique.

En 2019, un ami très proche de mon âge (22 ans à l’époque) a lancé un projet de plantation d’arbres fruitiers sur les prairies où pâturent les vaches laitières de l’exploitation de ses parents. L’objectif était de créer un pré-verger. Jusque-là, un projet classique et normal.

300 arbres de 5 ans devaient être plantés sur le temps d’un week-end. Pour réussir l’implantation, une pelleteuse avait creusé 300 trous d’un m3 chacun dans lesquels nous devions positionner les arbres puis reboucher à la main les trous. Cela faisait donc 300 m3 de terre à remuer à la pelle pour reboucher les trous une fois les arbres placés.

C’est là que cela devient marrant. Pour vous donner un ordre de grandeur, dans une semi-remorque de très grande taille, on peut mettre 24,5 m3. Il fallait donc remuer sur le temps d’un week-end l’équivalent de 12 semis remorques à la pelle à 4 tondus que nous étions. Une tâche titanesque impossible à réaliser.

Mon ami a donc appelé des amis proches de notre réseau de l’école d’ingénieur UniLaSalle. Tout le monde a joué le jeu et nous étions au final 25 personnes pour le chantier. De jeunes cadres travaillant dans des sièges de multinationales agroalimentaires, des banques, des entreprises de conseils, d’audit international etc…

Bref, des profils avec une sensibilité agricole mais qui travaillent plutôt dans le tertiaire. A peine le chantier commencé, la magie a opéré. De la solidarité, du partage, du sens, de la transmission et pas mal de transpiration aussi. Tout le monde était juste heureux de planter des arbres fruitiers dans un pré. Et ce, dans l’objectif de pérenniser une ferme laitière ancrée à son territoire.

Et au final, nous avons réussi sur le temps du week-end à remuer ces 300 m3 de terre !

A travers cette initiative, ce que je souhaite transmettre c’est qu’à l’heure du numérique et d’internet, on oublie parfois que juste être ensemble et faire des choses simples qui ont du sens, et bah ça fait du bien pour soit, pour les autres et pour la planète.

C’est là que selon moi, les fermes ont un rôle central à jouer pour regagner en attractivité auprès des jeunes et assurer le renouvellement des générations : Montrer qu’être paysan ce n’est pas une fatalité, qu’on peut y arriver et que ça peut être fun si on s’en donne les moyens !

Rouvrons nos fermes, accueillons les gens. Bref, remettons la ferme au centre du village !

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